Achats d’énergie : bonne pratique n°1, la stratégie globale qui aurait pu éviter cette facture record
Chaque mardi, retrouvez une nouvelle bonne pratique pour structurer vos achats d’énergie. Aujourd’hui : pourquoi une stratégie d’achat globale change tout — et pourquoi elle ne peut jamais être la même d’une structure à l’autre. C’est d’ailleurs le socle de notre formation Achats d’énergie Niveau 1 : les fondamentaux.
Le cas des achats d’énergie d’une collectivité prise de plein fouet par la crise de 2022
- : Une collectivité arrive en fin de contrat énergie début septembre. Sans nouveau contrat, pas de livraison possible : la date d’échéance impose son calendrier.
Le marché est haussier depuis plusieurs mois. Mais la décision de sécuriser un nouveau contrat est repoussée. La collectivité attend, dans l’espoir que les prix se stabilisent avant l’échéance.
Ils ne se stabilisent pas. La couverture est finalement réalisée en plein cœur de la crise, en août 2022, au prix le plus haut de l’année. La contrainte du délai contractuel a transformé une décision qui aurait dû être stratégique en achat réalisé dans l’urgence, au pire moment du marché.
Le prix était scellé pour 2023 : il n’y avait plus aucune marge de manœuvre possible.
L’histoire ne s’arrête pas là. En septembre 2022, nous reprenons le dossier avec la collectivité. Plutôt que de gérer la prochaine échéance de la même façon, deux formations INTRA sont mises en place (fondamentaux et analyse graphique), accompagnées d’un travail de structuration des achats futurs.
Le changement de méthode a consisté à mettre en place une stratégie de couverture progressive, associée à une analyse rigoureuse et régulière des marchés — plutôt qu’une décision unique, prise sous pression, au moment où le calendrier contractuel l’impose.
Résultat : les années suivantes, la même collectivité a réalisé de bonnes opérations d’achat. Et grâce aux couvertures mises en place progressivement, elle ne sera pas exposée à un prix énergétique élevé en 2027.
Ce cas illustre une réalité simple : une mauvaise décision d’achat n’est presque jamais un manque de chance sur le marché. C’est l’absence d’une stratégie construite en amont, qui laisse le calendrier — plutôt que l’analyse — dicter la décision.
Bonne pratique n°1 en achats d’énergie : construire une stratégie globale
Ce qui a changé pour cette collectivité entre 2022 et les années suivantes, ce n’est pas le marché : c’est l’existence d’une stratégie.
Sans stratégie, l’achat d’énergie se résume à une question unique : « Quand mon contrat se termine-t-il ? » Et la décision se prend mécaniquement au dernier moment, sous la contrainte du calendrier plutôt que sous celle des conditions de marché.
Avec une stratégie, la question devient différente : « Quelle est ma trajectoire de couverture sur les 12, 24, 36 prochains mois, indépendamment de la date de fin de contrat ? »
La différence est fondamentale. Une stratégie d’achat globale, ce n’est pas deviner le bon moment pour acheter. C’est se donner les moyens de ne plus être obligé de deviner :
- Une vision claire de son exposition au marché à chaque instant
- Des règles de décision définies à l’avance, en dehors de toute pression conjoncturelle
- Une répartition des volumes d’achat qui lisse le risque dans le temps, au lieu de le concentrer sur une seule date
Sans cadre stratégique, on retombe systématiquement dans les mêmes travers : attendre trop longtemps en espérant un meilleur prix, ou acheter dans la précipitation lorsque le marché s’emballe.
Il n’existe pas une seule bonne stratégie : le principe du sur-mesure
Une précision est toutefois essentielle : une stratégie d’achat globale n’est pas un modèle unique qu’on applique à toutes les structures de la même façon. Le « one size fits all » n’a pas sa place ici.
Une stratégie se construit d’abord à partir d’un objectif de gestion propre à la structure acheteuse. Et cet objectif diffère fondamentalement selon la nature de l’organisation.
La stratégie d’une collectivité, par exemple, ne répond pas aux mêmes contraintes que celle d’une entreprise industrielle soumise à une concurrence internationale. La première doit avant tout maîtriser un budget public et limiter les mauvaises surprises. La seconde doit souvent piloter un coût de production dans un contexte de compétitivité, ce qui peut impliquer une tolérance au risque très différente.
Et cette diversité ne s’arrête pas là. À l’intérieur même d’un groupe d’entreprises industrielles, deux sociétés peuvent avoir des objectifs de gestion opposés.
Ce qui dicte concrètement la stratégie à adopter, c’est le client — ou plus précisément, le portefeuille client de l’entreprise. Si une entreprise doit garantir des prix fixes à ses propres clients sur une durée donnée, elle a besoin d’une stratégie de couverture qui sécurise ses coûts en amont. Si, à l’inverse, elle peut répercuter les variations de marché sur ses prix de vente, sa tolérance au risque — et donc sa stratégie de couverture — sera nécessairement différente.
C’est pour cette raison qu’une stratégie d’achat d’énergie efficace ne peut jamais être copiée d’une structure à l’autre. Elle doit être construite sur mesure, à partir des contraintes réelles de gestion de l’organisation concernée.
C’est précisément ce que nous posons dès le départ dans la formation Achats d’énergie Niveau 1 : les fondamentaux — organiser sa stratégie globale à partir de ses propres objectifs de gestion, connaître la réglementation de base, et savoir lire une facture énergie pour partir sur des bases solides.
À suivre : les plans et horizons de couverture
Une fois l’objectif de gestion clarifié, une question centrale se pose : sur quel horizon de temps répartir ses achats, et selon quel plan ?
C’est le sujet de la bonne pratique n°2, qui abordera la construction concrète des plans et horizons de couverture — l’étape qui transforme un objectif stratégique en calendrier d’achat opérationnel. Rendez-vous mardi prochain pour la découvrir.

